janvier 31, 2019

Le Print, “fragile support de l’essentiel”

Le Print, “fragile support de l’essentiel”

Annoncé régulièrement comme vivant ses dernières heures, le print n’a pourtant cessé de se réinventer depuis une dizaine d’années, entre retour aux fondamentaux de l’information, réenchantement de l’objet et nouvelles écritures.

Print is not dead

réalisation – Morgane Perrot

“Une heure de lecture est le souverain remède contre les maux de la vie”, nous disait Montesquieu. A l’heure du snack content, du flux incessant – et parfois douteux – de contenu sur le digital, de la suprématie d’limage et de la vidéo, il faut bien admettre que le luxe, c’est le temps. Le temps de lire, par exemple, mais aussi de redonner du sens et du tempo à l’information. S’il est vrai que les nouveaux formats digitaux (long-forms, podcasts…), offrent d’alléchantes perspectives, le print reste de mise. Oui, ce format dont on nous prédit le trépas depuis des lustres, une fin prophétisée à la façon d’une obsolescence programmée. Sans s’aveugler sur des tendances de fond bien réelles, il semble que le print ait profité de tout ce temps pour se réinventer. Imaginer d’autres façons de mettre en scène l’information, de séduire et, bien sûr, d’engager une audience, puisque au fond c’est bien de cela qu’il s’agit.

Les promesses sont faites pour être tenues

 On a d’abord vu apparaître les mooks, cette contraction habile de magazine et de book. Ces ovnis distribués sous le manteau ou presque il y a dix ans (XXI et sa promesse de l’info grand format a longtemps été l’arbre qui cachait la forêt) se sont multipliés et ont fini par indiquer l’une des voies du renouveau : retrouver le plaisir de la lecture, le toucher de l’objet, la beauté des images, la longueur des textes, la profondeur de l’information. Soyons honnêtes, on s’est parfois contenté de les poser sur la table basse de notre salon : cela faisait bien et c’était beau. Ce qui n’était déjà pas si mal, puisqu’on redonnait un statut à l’objet print, ce truc catalogué ringard. Peu à peu, on voit d’ailleurs bon nombre des magazines actuels glisser vers l’univers des livres : “premiumisation” des supports, hors-série, numéros spéciaux, formats hors norme…, tout concourt à faire du print un objet de désir. Des mooks comme Flow ou ses émules ont fait de ce réenchantement du papier la matière même de leur contenu, avec des pages qu’on feuillette avec un vrai plaisir des sens, toucher, vue, odorat… On parle également de slow content.

Mais le succès, même fragile, de ces supports, repose aussi, pour les meilleurs, sur des fondamentaux retrouvés : un vrai contrat de lecture et des promesses éditoriales tenues ! Qu’on médite par exemple sur la baseline de Schnock, qui depuis une trentaine de numéros, répond au défi d’être la “revue des vieux de 27 à 87 ans”. Une promesse certes fantasque mais brillamment tenue, tant dans le choix des personnalités mises en une, que celui des articles ou de la ligne graphique toujours raccord.

Plus globalement, c’est la légitimité des journalistes qui est en jeu dans cette réinvention du print. Une excellente opportunité de remettre les compteurs à zéro et de redonner à l’information et à ceux qui la traitent la valeur qu’ils méritent. Les exemples sont nombreux, comme l’hebdo “Le 1“, qui, en jouant avec habileté de son format dépliable, propose différentes grilles d’analyse autour d’un même thème lié à l’actualité. Exigence journalistique, précision de l’information, cohérence de la ligne édito…, ce sont ces valeurs-là, trop souvent noyées dans l’infobésité et notre frénésie de contenu, qui sont en quête de réhabilitation.

Nouvelles écritures et complémentarité print-digital

 Si une étude Toluna/Two Sides datée de 2017 rappelle avec bonheur un attachement des Français au papier (80% préfèrent lire un magazine sur papier, 74% estiment que le support papier permet de mieux lire, comprendre et retenir l’information), on devine aisément que les nouvelles écritures du print sont à imaginer à la fois en dehors et au sein d’écosystèmes digitaux. Le print a su réaffirmer ces dernières années sa capacité à engager des communautés, indépendamment de tout autre support. Mais il est légitime de penser que c’est en jouant la complémentarité avec d’autres formes de contenus que le print s’ouvre les meilleures portes pour le futur. Et les pistes, pour les médias comme pour les marques, ne manquent pas : s’intégrer à des dispositifs éditoriaux digitaux, s’enrichir d’innovations, comme l’AR, qui prolongent le contenu existant. Réinventer sans cesse, en fait, l’expérience de lecture si chère à Montesquieu.

 

*Pierre-Marc de Biasi, Les cahiers de médiologie (1997)

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